Arrêtons de dire les choses ! Faisons-les !

  • Temps de lecture: 20 min
  • Mots clés: engagement , solidarités , éthique , Impact

Une conversation dans la cour de l’Ecosphère Aggelos, au 21 rue Grateloup

  • Olivier Brès – Ancien secrétaire général de la Fédération de l’Entraide protestante, président de la Mission populaire, président de AMOS.

SYNTHESE NON EXHAUSTIVE DES ECHANGES

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Je suis pasteur à la retraite, j’ai toujours travaillé en articulation entre le domaine social et domaine spirituel. Donc des choses un peu marquantes donc. J’ai été secrétaire général de la fédération d’entraide protestante qui réunissait les associations de solidarité médico-social et social du protestantisme français dans les années, 2006 à 2011 et donc et à cette occasion, j’avais été président du collectif Alerte qui a réuni les plus grosses associations de solidarité de lutte contre l’exclusion nationale. Donc ça, c’est ça avait été une expérience sur l’articulation pratique et politique et de réflexion. Je suis revenu à Bordeaux dans les années 2011-2012. Donc là j’ai été pendant 8, 10 ans président d’Amos, l’entreprise d’insertion qu’on avait créé en 94 et qui fait de la collecte, tri et revente de textile de 2nde main. Je me suis occupé de la Cimade aussi pendant quelques années à Bordeaux. Les étrangers. Depuis 2015, je suis donc président. Finalement, je suis souvent président parce que je m’agite plus que les autres, mais donc je suis président d’une association qui gère des foyers de jeunes travailleurs, les résidences sociales à Bordeaux donc actuellement c’est donc ça s’appelle Jeunesse et Habitat solidaire, ce sont 5 résidences et plus de 500 cents logements, à Bordeaux, Talence, Pessac : pour des jeunes travailleurs, des jeunes en formation, des étudiants, des alternants, du supérieur aussi. Depuis 8 ans et là ça va être le dernier mois de responsabilité, je suis président d’un truc qui s’appelle la mission populaire évangélique de France. Et donc un truc qui est en train de fêter ses 150 ans et donc qui essaie d’articuler alors dans des lieux qui s’appelle des fraternités ou des foyers, souvent des centres sociaux.

Il y a un bouquin de Rosanvallon qui vient de sortir que je n’ai pas lu mais qui parlait beaucoup de la question des émotions ou du ressenti dans la vie, des gens et des autres, aussi bien ceux qui sont dominants que ceux qui sont dominés.

Mon point de vue, c’est que la lutte contre l’exclusion, ça veut dire qu’il y a des gens qui sont exclus et des gens qui sont inclus et qu’il faut faire rentrer des gens exclus alors que je pense qu’il y a une vraie question autour des inégalités. Et des inégalités ressentis.

Inégalité ressentie = Perception d’un certain nombre de personnes qui vivent des difficultés d’être mise à l’écart et donc avec répercussions en termes de ressentiment et de de sentiment d’être méprisé…

Comment transformer ces ressentis et ces émotions en positif ? Comment donner envie de prendre son existence en main ? Et d’aimer pas individuellement mais collectivement ?

C’est un peu ça la question d’éducation populaire, c’est à dire finalement, comment faire en sorte que ça ne soit pas simplement aider des individus à sortir de leur situation des difficultés, mais comment faire en sorte que ces groupes forment un collectif

Un point important > le local. Les collectifs locaux. Comment on favorise les initiatives locales en faisant en sorte qu’elles entraînent une répercussion nationale ou politique ?

La question, c’est comment on fait alliance en fait. Entre des gens qui sont les personnes qui sont souvent en grande difficulté ou en tout cas qui n’imaginent pas qu’elles peuvent avoir un pouvoir d’agir en fait. Et puis des personnes qui ont quand même un certain nombre de capacité de moyens, de relation, de machin. Et qui d’ailleurs souvent ont une attitude. Pour que les gens se découvrent égal à égal d’une certaine manière c’est faire des choses concrètes : des repas, des fêtes, des moments ou des rencontres informelles. Faire en sorte que les gens soient participants dans l’organisation d’un repas… Créer des temps où les gens peuvent se rencontrer dans des échanges à égalité.

C’est la complexité aujourd’hui d’une société fragmentée. Avant, il y avait un milieu populaire, alors on discutait, on se rapprochait, on discutait avec le Parti communiste ou non avec les machins, des organisations. Qui donnait une identité aussi au milieu populaire. Aujourd’hui quelle est l’identité de ceux qui peuvent collectivement changer la société ? Comment on fait alliance entre eux ? Voilà des sujets.

Commencer par des petites choses et puis en espérant qu’un moment ça coagule, on ne sait pas peut être que ça n’arrivera pas.

Les gilets jaunes. Pourquoi il y a eu tellement de gens à Bordeaux ? De manif de gilets jaunes dans Bordeaux. Alors que y’a une métropole puissante. En fait c’est peut-être justement parce qu’il y a des gens qui se sont sentis en dehors de ce dispositif de la métropole en fait. Ce qui était marrant, c’est quand même donc, sur les ronds-points, il y avait de la discussion, une envie de désir, de discussion, de débat et un désir de convivialité en fait.

Vous qui êtes spécialiste de la communication, ça devrait être quelque chose de réfléchir à comment faire en sorte que les gens débattent.

Je parlais hier avec un urbaniste qui me disait que quand ils ont fait des opérations de rénovation de la rive droite, le grand projet urbain. Ils avaient demandé aux gens, « est-ce que vous avez une fois qu’on aura détruit un certain nombre de d’immeuble et reconstruit, est-ce que vous voulez rester ou est-ce que vous voulez partir il y a 50% qui avait dit qu’il voulait partir et 50% qu’il va acheter. Et finalement, à la fin il y en a 80 pour 100% qui restent.

L’ultra local en termes d’organisation, parce que les gens sont très attachés à leur rond-point et à ce qui s’est passé d’humain sur ce rond-point.

Il faut absolument développer des initiatives locales. Avec la question du « comment on forme des groupes qui ne sont pas fermés en fait ».

La preuve, la démonstration que peut être, ça peut avoir des effets. C’est la naissance du Christ. Excusez-moi de dire ça, non mais c’est vrai. Une communauté qui se réunit autour de la figure de. Jésus. Et qui accueille en même temps des esclaves, des Grecs, des hommes, des femmes qui donnent des responsabilités aux femmes qui cetera. La politique, c’est l’empereur Constantin qui dit « Tout le monde devient chrétien et donc le pouvoir, le pouvoir impérial devient chrétien et donc à ce moment-là, être chrétien, ça n’a plus aucun sens de vivre dans des communautés qui change quelque chose, ça à l’essence d’être du côté du pouvoir impérial ».

On a ces foyers aussi fraternité, ce sont des lieux. Ouais donc il y a 50% des personnes d’origine étrangère, donc bonne quantité d’origine musulmane, de culture d’origine ou de religion. Et alors ? D’un côté on est, on est financé par l’État ou les collectivités locales pour faire du service social et en fait, alors si on fait du service, on est reconnu pour faire un bon service social. Les pouvoirs publics aujourd’hui ils ont la trouille. De tout ce qui est religieux. Donc, donc maintenant c’est la CAF, s’il faut être neutre, c’est à dire en fait, il ne faut pas dire qui vous êtes pour au nom de quoi vous faites ça et vous taisez, vous faites le service aux gens. Donc j’ai une compréhension aujourd’hui de la laïcité.

Partagez des convictions. Échangez sur vos conditions, échangez sur les raisons de vivre et d’espérer continuer à espérer au lieu de désespérer, échanger sur pourquoi il me semble qu’il faudrait qu’on continue à s’intéresser aux autre. Que vous réfléchissiez, pourquoi vous avez envie de vivre ou d’espérer pour quoi vous sert plus important. C’est pourquoi c’est plus intéressant de rencontrer des gens que faire la rue Sainte-Catherine de long en large pour voir les derniers trucs dans les magasins. Il n’y a pas tellement de lieux pour discuter ensemble.

Donc en fait, finalement, on discute ensemble parce que on est d’accord ensemble. Et ça, moi il me semble que ça, c’est que ça manque beaucoup. Et pour moi d’ailleurs, un des services devrait rendre à la société, c’est de multiplier ce type d’occasions de débat.

A force de dire que la crise climatique est tellement importante, plus personne ne fait rien parce que découragé, donc qu’il faut effectivement arrêter de dire ça et puis les faire les choses. Est-ce que les 2 ne se rejoignent pas en ce moment ? Sur les inégalités ?

On faisait l’alphabétisation etc… mais en fait déjà un peu à peu près leur place. Puis après, y’a une grosse crise. Et donc. Moi, j’ai dirigé des associations où on a augmenté le nombre de place de centres d’hébergement, adresse, assurance sociale en centre d’hébergement d’urgence… Et l’État ? il finançait parce qu’il ne voulait pas voir des gens la rue. On a continué, donc moi j’ai l’impression d’avoir créé des centaines d’emplois. Simplement parce qu’on répondait à une commande de l’État. Justement, il y avait de plus en plus de gens à la rue qui décrochaient complètement et qu’il fallait réaccompagne…

Les sondages d’opinion disent que finalement, les Français sont prêts, à prendre le changement relativement radical. C’est ce qui s’entend dans les sondages, enquêtes d’opinion. Si le changement radical, c’est augmenter le prix de mon essence, non. Mais comment on arrive à délibérer collectivement de ce qui est important et qui peut changer quelque chose ? Comment on élabore collectivement quelque chose et ça, c’est une dimension finalement politique, à un moment quoi.

Quand tu donnes à quelqu’un de l’aide alimentaire. Tu vois, ça dépend comment tu donnes. Est-ce que tu donnes en disant, « est ce que vous méritez ? », est-ce que tu donnes en respectant les personnes.

Je trouve que c’est intéressant un groupe professionnel comme vous qui se dit qu’il veut aller au-delà. Je pense que vous avez vraiment une responsabilité particulière en tant que professionnel de la communication. Parce que la communication, ça peut être le mensonge, ça peut être l’exagération. Et ça peut être simplement faire émerger une vérité ? Partir de votre, de vos compétences professionnelles.