Nous avons une responsabilité dans les addictions !

  • Temps de lecture: 15 min
  • Mots clés: RGPD , éthique , Web , Social média , Impact , RNE , Numérique

L’éthique est-elle soluble dans le social média ? Le concept de site web est-il mort ?
Réseaux sociaux ou réseaux publicitaires ?
Sommes-nous tous consommateurs et producteurs de datas ?
Faut-il réguler son compte à Mark ? Quels alternatives ? Et Tik Tok ?
Et si nous ouvrions le capot des réseaux sociaux avec lucidité ?!

Ils sont 5 experts et étaient présents pour discuter de ces sujets fin novembre 2021

  • Laurent-Pierre Gilliard, Directeur Service Prospective et Communication de Bordeaux Unitec
  • Antoine Chotard, Responsable Marketing et Développement, ADI-NA
  • Alain Gross, Directeur Général de l’Ecosphère Aggelos
  • Eloi Choplin, Directeur de la marque Triple C et du social média de l’Ecosphère Aggelos
  • Nicola Cocco, Développeur DPO et responsable RNE de l’Ecosphère Aggelos

 

SYNTHESE NON EXHAUSTIVE DES ECHANGES

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L’éthique est-elle soluble dans le social média ?

 

ALAIN GROSS – Je crois que nous, en tant qu’agence et acteurs des réseaux sociaux, on vit en tension permanente. Dans les années 2000, c’était sur le greenwashing, c’était sur la publicité responsable. Et qu’est-ce qu’on fait des réseaux sociaux ? Ces réseaux sociaux sont-ils vraiment des réseaux sociaux, est-ce que ne sont pas des réseaux publicitaires. J’ai une crainte que l’éthique soit soluble dans les réseaux sociaux. C’est une tension hyper intéressante à vivre au quotidien avec nos clients.

ELOI CHOPLIN – Après moi, je le vois sur l’aspect social, le community management qu’on peut faire chaque jour ici. Effectivement, on se pose beaucoup ces questions d’éthique, souvent sans apporter beaucoup de solutions. On rêverait de faire du community management sur tous les sites alternatifs. Je pense à la suite Framasoft, Mastodon. On ne va pas sur Facebook, on va sur Mastodon. Très bien, mais si c’est pour aller parler à 80 personnes, au lieu de parler à toutes les personnes sur lesquelles on a énormément de data et énormément d’informations sur lesquelles on pourra cibler des messages, on perd quelque chose. Cela étant, on peut apporter sans doute un peu d’éthique. On peut apporter de l’éthique dans un petit peu de recul sur le contenu.

ANTOINE CHOTARD – Je ne sais pas si c’est vraiment sur l’éthique, mais je me dis qu’un truc qui fait qu’on va sur les réseaux sociaux, c’est à la fois par mimétisme. Je vais monter une chaîne YouTube parce qu’en effet, j’ai peut-être tel ou tel talent, ou parce que j’ai envie de rassembler telle ou telle personne dès lors qu’il y a cet objectif-là. Ça me parait déjà important et c’est une première marche, à mon avis, vers un questionnement et potentiellement un peu plus d’éthique sur les réseaux sociaux.

LAURENT-PIERRE GILLIARD – La pédagogie est fondamentale. On peut être né avec les réseaux sociaux, ce n’est pas pour autant qu’on a le recul et qu’on comprend comment ça marche en groupe.

Je vois mes étudiants sur un amphi de 60. Il y en a 4 qui utilisent Facebook. Ça remet un peu les choses en place. L’éthique selon moi n’est pas liée au réseau social. Elle est liée aux personnes qui utilisent les réseaux sociaux. On peut faire des choses très bien sur YouTube.

Mais c’est bien de rappeler que derrière l’outil, une intention donnée par un humain.

ALAIN GROSS – On a commencé à perdre l’éthique des réseaux sociaux quand on a commencé à vendre de la publicité dans les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux, pour moi, étaient juste un moyen de communication et puis c’est devenu un moyen de récolter des données.

ANTOINE CHOTARD – On a eu tout un discours aussi très mâtiné sur le fait que les réseaux sociaux allaient permettre peut-être de pousser plus fort la démocratie, la presse, l’expression et que ça allait être au service du civisme.

 

Réseaux sociaux ou réseaux publicitaires ?

LAURENT-PIERRE GILLIARD – C’est un autre outil pour faire du commerce et c’est probablement en ce moment ce qui est le plus gros développement. On prend l’exemple de nos amis chinois, l’utilisation des réseaux sociaux, du social shopping, avec un smartphone c’est « Je me filme en train de faire mes courses seul dans le magasin et j’ai des milliers, voire des millions de personnes derrière qui vont cliquer sur le lien que je mets pour acheter du nouveau téléachat ». C’est du téléachat sans Pierre Bellemare et avec plus de monde.

Tout le monde ne vend pas, mais c’est une des branches qui a poussé. Et donc, s’il y a des choses à vendre, forcément, il y a de la publicité.

ALAIN GROSS – Moi, mon premier site Internet, il s’appelait « 36 15 les huîtres ». On avait des outils hypers transparents de la part de France Télécom à l’époque pour suivre les trafics. Le cœur du réacteur était partagé, clair.

Sur l’algorithme, on n’a pas beaucoup d’éléments et ce n’est pas nouveau.

Antoine Chotard – je suis assez tenté, des fois, de parler plutôt de ghettos sociaux pour les réseaux sociaux, parce qu’en effet, ils sont imposés par un algorithme et par une infrastructure. Je ne veux pas faire du drama, mais je vois même au quotidien que je suis dans mon propre ghetto informationnel.

Eloi Choplin – mais c’est peut-être une question d’attention aussi. Certaines personnes l’utilisent comme un vrai réseau social et pas comme une grande plateforme monde. Parce que Facebook, pour pas citer Facebook, c’est le quotidien numérique d’énormément de personnes. Mais on peut aussi l’utiliser juste dans un esprit club. Je vais voir mes amis, je retrouve untel ou untel ou untel, sans forcément céder aux sirènes. Mais ça, pour ça, c’est l’intention. Et il faut surtout être fort.

ALAIN GROSS – On a un rôle d’acteur citoyen, d’entreprise responsable et par rapport à l’addiction. On travaille avec des gens qui ont la même stratégie de développement commercial que les marchands de cigarettes. Il y a une vingtaine ou une trentaine d’années. Si on accepte de travailler avec eux, il faut le faire en conscience. Et donc, l’addiction en Corée ou en Corée du Sud du ton gamin de 4 ans devant un ordinateur, c’est du pénal. Et pourquoi pas ? Tu essaies de réfléchir et d’avancer en conscience maintenant.

LAURENT -PIERRE GILLIARD – La Chine a mis en place des leurres. Ce n’est pas le pays le plus vertueux du point de vue de la démocratie, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais sur, sur la relation au numérique et aux enfants et sur l’addiction, ils ont mis des barrières. Ce n’est pas inintéressant.

Parce que le problème aujourd’hui, c’est que les parents sont dix fois moins informés sur ces sujets que leurs gamins. Moi, je suis plutôt rassuré qu’il y ait des jeunes qui arrivent et qui sont mieux formés parce qu’ils sont nés dedans et qu’ils ont pu voir ce que ça a donné avec leurs parents. Le fait d’avoir des pseudos, des identités multiples montre que les jeunes sont conscients de laisser des traces. Effectivement, je laisse des traces, mais je vais noyer ça. Il y aura tellement de traces que c’est une partie de moi qui y est, mais pas totalement. Je vais avoir des moyens de naviguer en privé, de me faire faire des fausses d’identité, On sait qu’on est le produit puisque c’est gratuit.

 

Le concept de site web est-il mort ?

NICOLA COCCO – Pour moi, le site Internet est encore aujourd’hui le symbole de la liberté d’expression sur Internet. Une liberté qu’on exprime graphiquement dans notre entreprise peut donner une couleur différente à son site de celle que propose, par exemple, un réseau social comme Facebook. Sur un réseau social, tout est identique. Les entreprises sont les unes sur les autres.

Les lois européennes nous permettent de récolter des données si on ne veut pas les vendre. Moi, j’ai fait un parallèle entre ça et un magasin normal. Normal, je vais dire dans la réalité, on entre dans un magasin, il y a des caméras partout et nous sommes d’accord avec ça. Il y a caméras et tu choisis des produits, tu payes et c’est fini. On ne veut pas que cette vidéo soit publiée ou soit vendue.

Sur notre site Internet, on peut contrôler tous ces systèmes-là. On peut voir qu’il y a quelqu’un qui a acheté quelque chose sans devoir les vendre à quelqu’un d’autre. Mais si on entre sur une market place des réseaux sociaux, on a un réseau social, on a un nom. Quand qu’on achète quelque chose, on regarde quelque chose, on achète quelque chose. Et cette vidéo est vendue à des tiers. Nos données sont vendues à des tiers. Alors oui, on peut, grâce à notre site Internet, s’exprimer et protéger nos utilisateurs. Les gens qui viennent d’un autre

ANTOINE CHOTARD – Je serais tenté de dire que de toute façon, on n’est pas obligé de n’être que sur l’un ou que sur l’autre. Avant d’aller sur un site tu vas quand même taper l’adresse dans Google ou le nom dans Google parce que c’est beaucoup plus simple. Je suis d’accord sur le côté moins uniformisé et sur le fait que le site Web puisse permettre d’avoir en effet une diversité de formes plus importantes. Et puis, je serais assez tenté de dire aussi une chose, c’est qu’évidemment, les réseaux sociaux peuvent ramener vers un site.

LAURENT-PIERRE GILLIARD – Il y a eu un débat sur les Rencontres nationales du tourisme qu’on organise, sur cette question dans le secteur du tourisme, des offices de tourisme. Le visiteur est là temporairement, pour un moment assez court. Il consomme beaucoup d’actualités et donc le réseau social s’y prête bien. Dès qu’on est sur du flux et les réseaux sociaux, ça s’y prête bien et on peut envisager de ne pas avoir de site web.

ALAIN GROSS – Notre discussion depuis le début tourne autour de choses qui sont très rassurantes pour moi parce qu’elles sont récurrentes dans nos métiers. C’est quoi la finalité et le sens de ton histoire ? Et c’est quoi l’usage de l’outil que tu veux faire ? Nos grands-mères et nos grands-pères utilisaient les silex. Un silex. Ça s’utilise pour gratter une peau, pour taper un truc jeté. Et ça dépend de l’usage que l’on fait de l’outil. Encore faut-il bien connaître cet outil-là. Parce que c’est peut-être dommage d’utiliser un silex pour jouer à la pétanque, alors que c’est un super racloir pour faire des peaux magnifiques. Donc, ça pose la question de l’usage

ANTOINE CHOTARD – Et puis on va devoir faire la maintenance du silex. Tous les deux ans, il va falloir revoir un peu le silex.

ELOI CHOPLIN – Je pense qu’il faudrait relancer cette industrie du silex, il y a quelques idées finalement dans les vieux pots. Merci messieurs.